Blockchain/bitcoin: l’or et le soufre

What_is_blockchainInnovation case #6

Les monnaies virtuelles, ou cryptomonnaies, sont à la mode dans les médias, avec des articles entre l’or et le soufre. Son inventeur y est promis à un destin qui va du prix Nobel d’économie à l’immersion dans l’huile bouillante qu’on réservait aux faux-monnayeurs.

Dans cet innovation case, nous allons regarder en quoi cette technologie est révolutionnaire d’un point de vue des applications et sans trop entrer dans les détails techniques sur la façon dont se font les calculs qui les rendent possibles.

D’abord le blockchain est la technologie de gestion des informations qui permet de faire marcher un nombre de plus en plus nombreux de monnaies, tels le bitcoin, l’ethereum, le litecoin… En fait, la monnaie n’est que l’application la plus visible de blockchain dont l’objectif est en fait de conclure de manière fiable des contrats.

Le blockchain résout un problème de stratégie : le problème des généraux byzantins

Imaginons une dizaine de généraux byzantins s’apprêtant à donner un assaut décisif contre un ennemi ne laissant pas le droit à l’erreur. Ils se coordonnent via des messagers circulants entre leurs campements. Le problème est ainsi posé : puisqu’il y a des traitres parmi les généraux, combien faut-il de généraux honnêtes pour que les traitres ne puissent pas diffuser les fausses informations et compromettre le résultat de la bataille. Étudiée en détail en 1982, la solution montre qu’il faut au moins les deux tiers de généraux honnêtes pour que les traitres soient sans effets. Ce résultat est vrai dans le cas de communications orales. Si les communications sont écrites et cryptées, il est alors possible de trouver une stratégie de protection même si tous les généraux sont des traitres et qu’un seul est honnête. Ceci veut aussi dire que dans une entreprise ayant trois associés par exemple, la présence d’un seul traitre rend toute décision incertaine.

Ici, nous parlons seulement de contrats et de loyauté, pas de monnaies. Alors, pourquoi cette mathématique serait utile aux monnaies virtuelles. En fait, il s’agit d’une raison philosophique. Il existe plusieurs théories de la monnaie. La théorie la plus courante (mainstream) veut que la monnaie soit un moyen de payer des biens et des services. Dans cette acception, il est vite apparu la nécessité d’un tiers de confiance, qui historiquement fût le roi, puis l’État, plus les banques. Chaque partie engagée dans la transaction financière fait valider par ce tiers que l’échange de bien et d’argent a bien été réalisé et que le client était bien solvable. C’est pourquoi le faux-monnayage est un crime parmi les plus cruellement punis, puisque considéré comme un crime de lèse-majesté.

Mais d’autres théoriciens, comme Michel Aglietta, considèrent que la monnaie est avant toute chose, un lien social, c’est-à-dire un contrat loyal.  Dans ce cas, les tiers de confiance centralisés ne sont plus utiles. L’idée de blockchain est, plutôt que de demander à un tiers de certifier la loyauté de la transaction, il soit possible de l’enregistrer dans un grand livre public, que tout le monde peut voir et qui est infalsifiable. Pourquoi? Parce que le blockchain fabrique des millions de généraux byzantins loyaux et que par conséquent les traitres sont minoritaires. Comme par ailleurs, le système de cryptographie garantit confidentialité et traçabilité des échanges, même s’il ne reste qu’une seule personne honnête dans le monde, le blockchain sera immédiatement reconstruit et les traitres confondus.

Chaque contrat est inséré dans un bloc. À intervalle régulier, le réseau propose à des « mineurs » un problème mathématique à résoudre. Le premier qui trouve la solution valide le bloc et reçoit une commission. Cette commission, initialement de 50 Bitcoin (quelques 3000€) a déjà été réduite à 25. Elle est de nouveau réduite le 9 juillet 2016 (Halving day). Comme les problèmes sont de plus en plus difficiles à résoudre, il y a de moins en moins de bitcoins et leur quantité est limitée. Aucune banque centrale ne peut faire marcher la planche à billets et le quantitative easing est impossible.

L’analogie du bitcoin avec la monnaie est limitée. En effet, il se rapproche plus de l’or et le terme de « mineur » est le bon terme à employer. Au début de la ruée vers l’or, les orpailleurs trouvaient facilement des pépites en tamisant la rivière. Puis quand cette source s’épuisa, ils durent creuser, de plus en plus profond, la terre. Le travail en physique, c’est le produit de la force par le déplacement. La valeur de l’or est donc liée à la quantité de travail qu’il faut faire pour extraire l’or. Plus cette quantité est grande, plus l’or vaut cher et le mineur gagne peu. Dans le cas du minage numérique, la preuve de travail, puisque c’est le nom qu’on lui donne sur le réseau, est la somme de l’énergie dépensée en électricité et refroidisseurs de processeurs pour faire tourner les serveurs de minage. Il s’agit donc de travail, mais dans se deuxième définition physique qui est de dépenser de l’énergie pour changer l’ordre des données, c’est-à-dire l’entropie.

Alors pourquoi Satoshi Nakamoto, et plus exactement l’homme qui a miné le premier bloc « genesis » en 2010, se cache-t-il?

En fait, si les applications monétaires sont très visibles, elles ne sont pas les plus importantes. Chacune d’entre elles attaque un monopole bien établi et fait trembler des intérêts millénaires.

Application de Blockchain

Entité menacée pourquoi

Paiements entre personnes ou sociétés

banques plus rapide,plus fiable, jusqu’à 100 fois moins cher,frais de conversion bas,monnaie infalsifiable

Contrats entre personnes

notaires  plus rapide,plus fiable, jusqu’à 10000 fois moins cher

Contrats entre sociétés

avocats beaucoup plus fiable, jusqu’à 10000 fois moins cher

Votes et élection

États,syndicats et partis politiques plus fiable,plus rapide

Propriété intellectuels

bureaux des brevets  beaucoup plus fiable, jusqu’à 50000 fois moins cher

Satoshi Sakamoto a donc contre lui les États du monde entier, tous les cabinets d’avocats, tout ce que le monde compte de prévôts, tous les corps intermédiaires et tous les organismes de certifications. Avouons que cela justifie l’usage d’un pseudonyme.

Il est important de noter que nous parlons de quelque chose qui a 5 ans. Avec l’inertie et l’incapacité des dirigeants de comprendre la technologie sous-jacente et ses implications, en partie entretenue par les utilisateurs de blockchain qui adorent être incompris, la prise de conscience devrait être douloureuse.

Attention toutefois. Si vous voulez avoir un portefeuille de monnaies virtuelles, il vous faudra adopter des attitudes de sécurité numériques, car nombreux sont ceux qui, ayant mis leur clef privée ou il ne fallait pas, se sont fait détroussé. Mais rien de nouveau en fait. Il y aura ceux qui mettent leur or dans la boite à sucre et ceux qui le mettent dans un coffre sécurisé (pour les bitcoin, cela ressemble à des clefs USB telles celles de LEDGER)

Le blockchain, c’est seulement la remise en cause des frontières sans qu’il soit possible d’arrêter le processus sans couper le courant de la planète.

Clairement une innovation de rupture civilisationnelle.

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