Hackerhouse – les nouveaux béguinages

Innovation case #7:

4680_1463594013_seed-up-maison-startup_970x545pDans cet « innovation case », nous allons nous intéresser à la hackerhouse seed-up qui correspond à un incubateur de startups de type D dans la taxonomie de R&D Médiation, c’est-à-dire des hacker labs.

Rappelons que les type A correspondent aux incubateurs publics (ex:Incuballiance), les types B aux incubateurs RH driven (ex:Le village by CA), les type C aux incubateurs d’entrepreneurs (ex:Station F). Le type D est un modèle sur lequel il est intéressant de s’attarder, car il est possible qu’il représente une avancée majeure dans l’organisation du travail, notamment dans le cadre du développement des organisations horizontales dont on sent l’attrait notamment pour les millenials (nés entre 1995 et 2000) tout en naviguant à vue quant à leur mise en place concrète.

Ayant eu l’opportunité de rencontrer un des résidents (Hawker), j’ai pu progresser dans l’analyse du modèle qui est très polymorphe et donc difficile à décrire de manière unique. Contrairement à ce qu’affirme l’article des Echos , le modèle n’est pas nouveau et date même de 1180. Il existe près de 1000 hacker labs plus ou moins actifs. Ils reprennent à des degrés divers le modèle créé au moyen-âge par Lambert le Bègue et qui connaîtra son apogée à la renaissance, essentiellement dans le nord de l’Europe: le béguinage ou le beguinhard selon qu’à l’époque il était féminin ou masculin.

Seed-up se décrit ainsi:

Seed-up est un incubateur, une hacker house, un endroit où nous développons des idées jusqu’au stade de startup. Venez nous rencontrer dans notre maison !

Il s’agit d’habiter, de travailler, de collaborer dans un lieu unique (une maison de banlieue) et de mener en parallèle des projets internes de création d’entreprises tout en ayant une activité commerciale externe visant à capitaliser les projets. Il s’agit donc d’une initiative privée. Le parallèle avec les béguinages est partiel, dans la mesure où, si les temps actuels ressemblent en bien des points à la Renaissance, les conditions de vie et les possibilités techniques sont bien différentes (même si le jardin avec des poules semble être une constante séculaire) .

Béguinage

Hackerhouse

Habite et travaille dans la  même maison

Habite et travaille dans la  même maison

Chaque béguine est propriétaire de son logement ou participe à une colocation

Chaque membre est actionnaire de son entreprise et la communauté « coactionnaire »

Autonomie interne et projets externes

Autonomie interne et business externe

Dimension spirituelle

Dimension éthique

Protection des béguines (fragilité sociale)

Protection des membres (étudiant donc fragiles socialement)

Lieu identifié (béguinage)

Lieu identifié (house)

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non mixte

mixte

Expérimentation de nouveaux modèles d’organisation (grande maîtresse)

Expérimentation de nouveaux modèles d’organisation

La structure en hackerhouse est également supposée améliorer la capacité à mener à bien des levées de fond. Un point particulièrement notable est une certaine ignorance des dispositifs publics tels que le crédit impôt recherche/innovation ou d’autres aides, l’autonomie étant recherchée, volontairement ou involontairement. En effet, le modèle étant nouveau (ou en renouveau) les structures institutionnelles ne le comprennent pas vraiment et il est probable que des démarches de demandes d’aide échouent. Dans ces conditions, l’autonomie est donc une solution de fait. La communication avec les journalistes est également complexe, car la hackerhouse est découplée des modèles existants et génèrent une forte aversion des conservateurs, notamment quant à leur organisation du travail, mais aussi dans l’absence de séparation nette entre la vie privée et la vie professionnelle. Ainsi la sacro-sainte « durée hebdomadaire légale de travail » y est par nature indéfinissable, ce qui est insupportable pour certains.

La hackerhouse n’est cependant pas un modèle de communauté au sens de ce qu’on pu vivre les baby-boomers. Il s’agit plus, comme dans le cas des beguinages, d’une communauté de protection et de production.

Le modèle de développement de la hackerhouse converge très fortement avec le cadre de l’effectuation de Saras Sarasvathi, mettant en oeuvre l’expérimentation comme méthode privilégiée de levée des incertitudes de développement. En cela, le modèle est donc également convergent avec la théorie de Knight sur l’incertitude comme source de profit, et donc particulièrement adapté à une société où les services sont particulièrement présents.

Il est assez étonnant que l’époque, en rupture par l’intégration sociétale du web, trouve des réponses équivalentes à celles de la Renaissance, consécutive à l’invention de l’imprimerie.

Crédit photo: TO/Les Echos, Goument/Rue89, Wikipedia (Beguinage de Louvain)

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