La licorne est-elle un mythe?

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Inventé par Aileen Lee en 2013, le terme « licorne » désigne une startup dont la valorisation dépasse le milliard de dollars. En France, cela ne recouvre que deux à quatre « startups » – Blablacar, OVH, Vente-Privée, Criteo *- et aux États-Unis, moins de 0,1% des entreprises dans lesquels investissent les sociétés de capital-risque.  Toutefois, on m’en parle souvent et de nombreux « pitchers-speakers », les donnent presque systématiquement en exemple.

Toutes valorisables qu’elles soient, beaucoup ne gagnent pas d’argent (Fig 1.). Au jeune entrepreneur bien peu capitalisé, il est pourtant vite exposé que si sa startup ne double pas de volume chaque semaine, et que les levées de fond tardent, il ne sera jamais une licorne. Il sera pire qu’un has-been, un never-become.

Selon http://itsocial.fr/sinformer/articles-tendances/economie/47-licornes-europeennes-dont-3-francaises/

Fig1.Selon http://itsocial.fr/sinformer/articles-tendances/economie/47-licornes-europeennes-dont-3-francaises/

Si certains pensent que les licornes sont une bulle pour investisseurs émotifs, il n’en reste pas moins que leur rareté et le mythe qu’elles engendrent font des ravages sur les entrepreneurs et les investisseurs. C’est un peu comme si l’unique modèle donné pour chaque scientifique était le Nobel, pour chaque enfant le roi Arthur, pour chaque philosophe Aristote. Viser la licorne, c’est comme jouer au loto. Nous savons tous que l’un d’entre-nous gagnera le gros lot, et nous nous dépêchons d’ignorer que, pour cela, des millions de personnes perdront à coup sûr leur mise, qu’ils aurait mieux fait de dépenser plus utilement. Le recours au mythe est donc justifié: les licornes ne doivent pas être un modèle, seulement de la matière dont on fait les contes. Elles peuplent d’ailleurs plutôt les pages des magazines que les publications académiques sérieuses, qui dépeignent quant à elles des entrepreneurs qui expérimentent, qui hésitent, qui corrigent et prennent des risques mesurés, c’est à dire bien moins des chevaliers en quête d’animal mythique que des architectes qui préparent un projet de construction par le calcul, l’expérience et la maquette. Un jeune entrepreneur nourri aux idées de licornes m’assurait il y a quelques temps qu’il voulait être le leader du marché sinon rien. Pourtant, je peux vous assurer qu’avec 10% d’un marché énorme, on vit très bien. On est même capable de changer de métier si le marché se rétrécit bien mieux que le leader ne pourra le faire. Si son entreprise atteignait 10% du marché automobile et qu’il vive cela comme un échec, il faudra se dépêcher de le décharger du poids de ces actions.

Laissons donc les légendes aux chevaliers en quête de moulins à vent à combattre et goûtons aux sains délices de l’économie réelle.

*selon les critères choisis pour définir l’objet

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