Tendances de fond « techs » à surveiller en 2017

Comme chaque année R&D Médiation publie les tendances de fond qui ressortent de notre veille et qui peuvent fortement influencer les business des entreprises, soit en tant que menaces soit en tant qu’opportunités commerciales. Plusieurs évènements de l’année 2016 commencent à produire leurs effets. Voici donc les principales tendances que nous avons observées.

1-Lassitude du digital et bulle start-up

Comme Peter Thiel l’explique, les progrès du digital (loi de Moore) n’ont qu’un moment masqué que les autres domaines scientifiques et industriels (chimie, matériaux, énergie..) sont en retard (loi de eroom). Par ailleurs, une course à l’investissement public dans les services autour de plateformes numériques à faible barrière d’entrée (au sens de Porter) conduit à une situation d’hyper-concurrence dans ces domaines puisque cet argent a permis la multiplication de plateformes (crowdfunding, réseaux…) avec une différentiation faible (contexte stratégique « ocean rouge » selon la terminologie INSEAD). Il n’est pas improbable que cela conduise à l’explosion d’une bulle autour des start-ups du digital à faible contenu technologique, comme celle du début des années 2000.

2-Explosion du profilage

L’ouverture du code source de Tensorflow par Google le 9 novembre 2015 est un évènement majeur. En effet, cette librairie permet de réaliser des recherches en deep-learning facilement et par conséquent, une fois la prise en main faite par la communauté whitehat, nous devrions voir sortir de multiples applications. L’objectif majeur sera de savoir ce que les personnes pensent ou vont faire, avant qu’elles-mêmes ne le sachent. L’usage de ces méthodes intervient alors que nous constatons un échec généralisé des approches statistiques (notamment pour la gestion des risques), ce qui peut sembler logique dans la situation d’incertitude qui caractérise ce début de siècle. Les plus spectaculaires de ces échecs concernent bien sûr les sondages, incapables d’analyser le Brexit ou l’élection américaine, mais il en va de même pour beaucoup d’aspects de l’économie. Nous devrions donc voir apparaître des technologies de « due diligence » permettant de détecter des paramètres clefs (tendances politiques, radicalisation, tendances suicidaires, anticipation de besoin, évaluation de la durée de vie…) de plus en plus indiscrètement. Plusieurs de ces « sondes » fonctionnent déjà en s’appuyant sur l’IA d’IBM « Watson ». Il s’agit donc de très court terme. Dans le même temps, il est probable que des solutions de contre-mesure vont se développer. C’est cette technologie que « Cambridge Analytica » aurait utilisé pour permettre à Trump de focaliser ses interventions sur les cibles les plus faciles à convaincre.

3-L’accueil favorable des IA

Une étude récente montre à quel point les humains peuvent facilement interagir émotionnellement avec les machines. Le cas du robot émotionnel PARO devrait se généraliser. Une banque américaine vient en janvier d’ouvrir une agence sans humains. L’adoption par la population des agents intelligents pourrait bien surprendre beaucoup d’entreprises.

4-Médecine personnalisée

Le développement de CRISPR-Cas9, qui permet d’éditer un génome presque aussi facilement qu’on édite un texte, semble confirmer la citation de Marc Goodman « l’ADN est un système d’exploitation prêt à être piraté ».La médecine a jusqu’ici traité les patients comme des « humains médians » et les principales adaptations possibles des traitements demeurent le poids et l’âge du sujet. Les nouvelles possibilités technologiques permettent de programmer les propres lymphocytes du patient pour en faire des sortes de robots biologiques en charge de détruire par exemple des tumeurs, avec des résultats spectaculaires dans les leucémies. Le principal frein à ces développements est le conservatisme du milieu médical qui ne permet l’usage de ces technologies que sur des cas désespérés, laissant les autres patients avec les traitements agressifs que sont la radio ou la chimiothérapie. C’est donc très probablement du côté de l’évolution des esprits qu’il faut regarder pour savoir si 2017 sera l’année de la médecine personnalisée.

5-Alimentation de synthèse

En relation avec les progrès en génomique, qui permettent de choisir la production protéique d’organismes, et de l’impression 3D, qui permet de réaliser des textures, la production d’aliments synthétiques, probablement d’origine végétale, devrait rapidement déboucher. Les récents évènements en France, qui ont conduit pour cause de pandémie de grippe aviaire à tuer des millions de canards, ainsi que les dénonciations des pratiques de la filière par des associations telles que L214, devraient y contribuer. Il faudra sans doute parler de levures et de sélection plutôt que de bactéries et d’OGM pour en favoriser l’acceptation sociétale, mais une crise alimentaire majeur pour vaincre bien des a prioris.

6-Connexions neurales

La transmission puis l’inscription directe d’une information entre deux cerveaux distants ayant été faite il y a plusieurs années, les technologies impliquant des TMS (transcranial magnetic stimulation) devraient se développer et avoir un impact significatif sur les interfaces homme-machine. Certaines publications montrant également la possibilité de corriger des désordres mentaux (fausses croyances notamment) donnent aussi l’espoir d’applications médicales fort utiles. Les chiffres officiels montrent que 15% de la population souffre de troubles psychiatriques sérieux (DSM-IV) et donc il y a là aussi un enjeu de santé publique.

7-Fusion bioélectronique

La réalisation de biopuces atteint aujourd’hui une certaine maturité. Récemment, une puce permettant la détection de plusieurs maladies, dont des tumeurs, et qui est réalisable en moins de vingt minutes et pour moins de 1 centime, montre que les technologies sont entrées dans une phase de diffusion massive. L’intégration des biopuces dans le corps humain reste marginale et leur adoption encore difficile. En 2016, l’incinération d’une personne décédée porteuse d’un pacemaker nouvelle génération (Medtronic) a conduit à un psychodrame, de même que le coeur artificiel CARMAT a du mal à faire avancer ses protocoles expérimentaux au point que l’entreprise envisageait de ne plus opérer en France. Là aussi, 2017 sera l’année où les objets entreront dans les corps, selon que les esprits évolueront ou pas.

8-Manufacturing-as-a Service

L’impression 3D n’est plus une technologie innovante, mais un fait industriel en 2017. C’est le premier cas concret de développement d’une chaine de valeur MaaS, dans la mesure ou un bureau d’étude, un artiste, un bijoutier peut concevoir une pièce puis la faire imprimer à distance. Un récent prototype réalisé par R&D Médiation a été ainsi fabriqué aux Pays-Bas, en métal directement utilisable, en quelques jours et pour moins de 1 euro le gramme, quelle que soit la complexité de la pièce. Aujourd’hui l’essentiel de la production d’étude à ce sujet vient très logiquement de Chine. Il est fort probable que les chaines de valeurs soient bouleversées dès 2017 par ces nouvelles approches de conception/fabrication.

9-Blockchain

L’impact sur le secteur financier de la technologie blockchain est désormais acquis. Mais d’autres domaines vont être fortement impactés en 2017. En fait, tous les secteurs dans lesquelles le produit est l’attestation de quelque chose vont être fortement perturbés: laboratoires médicaux, experts-comptables, notaires, organismes de normalisation et de certification, commerce et échanges, prise de décision et vote… 2017 devraient voir apparaître des applications concrètes des « smart contracts » (contrats intelligents qui s’exécutent sur blockchain), jusqu’ici éclipsées médiatiquement par l’effet bitcoin dont les sommets spéculatifs ont fini par attirer l’attention.

D’autres enjeux sont en cours de révélation, notamment dans le secteur de l’énergie et de la sécurité. Dans ses secteurs, les informations sont difficiles à trouver par une démarche d’intelligence technologique. Il est par ailleurs notable que l’apparition des éléments d’innovation de rupture qui étayent les tendances de fond est beaucoup plus rapide qu’il y a seulement deux ans et une mise à jour annuelle est désormais sans doute insuffisante.

 

 

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