IT: Discriminer les informations falsifiées

En intelligence technologique, il est vital de savoir discriminer les vraies informations des fausses et les vraies opportunités d’investissement des escroqueries. Lorsqu’une nouvelle technologie est proposée comme base pour un investissement , pour un partenariat, ou pour une intégration dans un système que vous concevez, sa véracité est stratégique dès le niveau de maturité TRL 3, car, au-delà de ce niveau, les erreurs coûteront cher. Les technologies sont falsifiées par intention (ce sont alors d’authentiques escroqueries), par ignorance (celle de l’investisseur comme celle du vendeur), ou pour l’excellente raison que toutes les expérimentations n’ont pas été faites. Dans tous les cas, c’est bien l’expérimentation qui est une des clefs de la discrimination. Voici quelques éléments pour s’en sortir.

Sans parler des avions renifleurs du Président Giscard, qui auraient dû nous sortir de la crise pétrolière, ou du moteur à eau Pantone, dont le pauvre inventeur a fini par être condamné pour fraude avant de terminer sa vie dans un asile psychiatrique (pour peu que les informations des sites qui le défendent soient vraies), les technologies falsifiées sont souvent entourées de thèses complotistes qui suggèrent qu’un grand groupe industriel, ou bien le gouvernement, essaye d’enterrer la technologie … Mais, dans le monde réel, le nombre de conspirationnistes dépasse très largement celui des complots et des comploteurs. Toutefois, les entreprises victimes des fausses informations sont très souvent consentantes. Voici quelques cas types.

ADE 651

L’ADE651 est un faux détecteur de bombes vendu par la société britannique ATSC et sensé détecter à distance des substances chimiques telles que les explosifs, les drogues…L’appareil ne nécessite pas de batterie, car il serait alimenté par l’électricité statique de l’opérateur. Massivement vendu dans un contexte d’attaques terroristes, le boitier est en réalité vide et ne peut bien sûr rien détecter. En dépit de la démonstration de l’inefficacité du produit, il est encore utilisé au Moyen-Orient et au Pakistan  engendrant un faux sentiment de sécurité particulièrement dangereux. Il existe au moins deux autres sociétés commercialisant des dispositifs de détection falsifiés.

Pourquoi les gens y ont cru?

Les investisseurs y ont cru essentiellement, car le dispositif traite une « grande peur », c’est-à-dire la peur de mourir. Si vous consultez la liste des pseudosciences vous pourrez constater que la médecine est particulièrement concernée par les technologies falsifiées (38 cas contre aucun en chimie, science expérimentale par excellence).

Ce qui n’a pas été fait

Les utilisateurs des dispositifs étaient souvent des militaires ou des policiers. Ils pouvaient, très facilement, réaliser l’expérience de mettre le détecteur en face de leur arme de service ou d’une grenade et constater qu’il ne détectait rien. Le déficit de réflexe expérimental est l’une des principales sources de propagation des technologies falsifiées.

Moteurs à eau

Appartenant à la catégorie des technologies falsifiées dite des « énergies gratuites » -à laquelle peut aussi se rattacher le cas des avions renifleurs- les moteurs à eau ont donné lieu à un nombre impressionnant de fraudes à l’investissement et concernent de nombreux inventeurs. Ces technologies consistent à utiliser une proportion variable d’eau supposée, par des mécanismes inconnus (dissociation, plasma…), améliorer la propulsion des véhicules et surtout réduire les coûts. Ces technologies donnent souvent lieu à des théories du complot. Actuellement, l’essor des énergies renouvelables donne lieu à de très nombreuses technologies falsifiées que nous avons détectées récemment.

Pourquoi les gens y ont crus ?

Dans ce cas, deux phénomènes sont à prendre en compte. Le premier est l’appât du gain et la potentielle « fortune » qui en découle. Le second est lié au fait que certaines technologies sont en effet efficaces, même si elles ne fonctionnent pas comme les inventeurs l’imaginent. Par exemple, la technologie ADI (« anti detonant injection » qui refroidit la chambre de combustion) ou AUS32 (solution d’urée pour réduire la pollution) existent. Le falsificateur va alors s’appuyer sur un élément prouvé pour effectuer une généralisation convaincante. Du côté des inventeurs, le complexe prométhéen semble très fort puisqu’ils pensent « amener le feu à l’Humanité ».

Ce qui n’a pas été fait

Là aussi, il y a un défaut d’expérimentation. Les inventeurs (qui ne falsifient pas toujours volontairement) travaillent le plus souvent sur de vieux moteurs ou des moteurs de tondeuses à gazon si bien qu’un peu d’eau améliore bien vite ces systèmes ne serait-ce qu’en nettoyant les tuyaux. Par ailleurs, les investisseurs auraient dû s’interroger sur leur propre avidité qui conduit toujours à l’aveuglement. L’argent n’est jamais facile et les cas où il l’est sont des contre-exemples qui confirment la règle.

 

Comment valider une technologie ou une information?

Soyons clairs, c’est difficile. Nous sommes dans une période comparable à celle de la Renaissance et parfois des technologies, que l’on jugeait impossibles six mois plus tôt, deviennent accessibles. Voici sept checkpoints qui peuvent vous aider:

  1. Calmez-vous. L’affaire du siècle? peut-être. Plus le vendeur vous explique qu’il faut aller vite plus cela devrait allumer le voyant rouge du détecteur d’informations falsifiées;
  2. Consultez les listes de pseudosciences et de Hoax. Les informations falsifiées originales ne sont pas si fréquentes que leurs déclinaisons;
  3. Faites une vérification de maturité technologique, au moins au niveau 1. Il faudra atteindre le niveau 3 pour prendre une décision d’investissement, mais les technologies falsifiées passent rarement le niveau 1;
  4. Préparer une liste des effets physiques en cause (vous pouvez par exemple utiliser les effets physiques de TRIZ- voir AG5210), ou des informations qui permettent d’étayer la preuve;
  5. Réfléchir à une expérience (réelle ou de pensée) qui pourrait invalider l’information;
  6. Trouver une publication de référence qui étayerait l’information ou la contredirait;
  7. Demander conseil à un spécialiste et/ou à une personne de bon sens.

Où trouver des informations validées ?

Aucun système n’est infaillible. Toutefois, le système des publications « peer-reviewed » (revue pas les pairs) en 5 étapes demeure une valeur sûre si le journal considéré est bien classé en termes de facteur d’impact. Ces publications peuvent être trouvées facilement et gratuitement via Google Scholar, mais aussi dans la base HAL. Les brevets, qui sont parfois présentés comme la démonstration de la véracité d’une technologie, ne valident pas vraiment la faisabilité de l’invention, mais seulement l’activité inventive de l’auteur. Les exemples sont nombreux de brevets finalement irréalisables et qui ont été déposés pour bloquer un concurrent ou l’attirer sur une fausse piste. Il existe aussi des bases de données payantes, qui sont aussi bonnes que celles qui sont gratuites et peuvent aider en cas de besoin d’ergonomie. Contrairement aux idées reçues, Wikipedia a un taux d’erreur très faible (mais non nul) et comparable aux meilleurs ouvrages de référence. En outre, Wikipedia est finalement massivement « peer-reviewed » et écarte largement les arguments conspirationnistes (à moins, comme souvent le pensent ceux-ci, de penser que tout le monde est contre eux).

Règle d’humilité

La règle d’humilité veut que tout le monde puisse se faire avoir même les plus informés et les mieux préparés. Il est donc important de pouvoir mettre de côté ses propres a priori. Toutefois, l’intelligence technologique n’est pas une démarche participative. La performance d’un groupe (pour des raisons diverses incluant le biais cognitif de Dunning-Kruger) n’est pas forcément supérieure à la performance individuelle, ce qui n’exclut pas, bien au contraire, de consulter et d’obtenir des avis. En recherchant des articles de références, des publications, des thèses, vous sollicitez d’ailleurs de tels avis à distance.

Règle de résistance du faux

Vous connaissez l’adage économique « la mauvaise monnaie chasse la bonne » (Loi de Gresham). De même les informations falsifiées qui chassent la vérité sont capables de résister et de ressurgir en permanence. Par exemple, la graphologie est démontrée fausse depuis vingt ans, mais l’article de Wikipedia qui la concerne est régulièrement amendé par des éléments falsifiés pour la soutenir et elle continue peut être à ravager certains départements de ressources humaines. Les sujets « énergie gratuite » sont régulièrement proposés dans des contextes variés, au grand émerveillement de ceux qui veulent y croire. Cette résistance des technologies falsifiées est d’ailleurs essentiellement due à la disponibilité des victimes, qu’elles soient investisseurs, jurys, clients, …

Exercez vos talents

Vous voulez exercer vos talents? Voici une référence issue d’un journal scientifique, donc, d’après l’exposé précédent, avec une bonne probabilité de véracité.

R. Briggs, “Knowledge representation in Sanskrit and artificial intelligence,” AI magazine, vol. 6, no. 1, p. 32, 1985.

Cette publication, que vous pouvez télécharger, est assez reprise en ce moment, car l’émergence des technologies de machine learning et d’intelligence artificielle remet en valeur ces sujets de recherche. L’auteur, qui travaille sur un projet de la NASA, y expose comment la structure de la grammaire d’une langue peut contribuer à améliorer la représentation des connaissances pour les intelligences artificielles. Il s’agit (selon toute probabilité, c’est à dire 95% selon notre cotation) d’une technologie falsifiée. Saurez-vous trouver pourquoi? (aucune connaissance scientifique n’est nécessaire, mais il faut un accès à internet)

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