La science malade du consensus

En août 2015, les participants au congrès d’astronomie de l’UAI qui avait lieu en République tchèque votent la rétrogradation de Pluton du statut de planète à celui de planète naine. Notre système solaire perd donc une planète. Cet évènement est la suite d’une série noire pour la démarche scientifique. En science, on ne vote pas, on démontre. Symptôme et tendance de fond d’une génération de scientifiques-experts en pleine crise. Tous les domaines de la science sont concernés par cette peste cognitive.

Cet évènement de 2015 est un peu le Munich des scientifiques, mais des épisodes précurseurs avaient déjà eu lieu. Les faits: Pluton est une petite planète, la dernière du système solaire. Son orbite croise cette de Neptune et, puisqu’elle n’a pas « dégagé son passage orbital », elle n’a pas totalement le statut planétaire et des discussions ont lieu. Seule planète découverte par un américain, le sujet agite donc l’Amérique. Le congrès de 2015 réunit 6000 scientifiques, mais, lors du vote, il n’en reste que 400 pour voter. La planète est donc déclassée.

Pourquoi cette démarche est dangereuse?

Outre la faible représentation des votants et un vote à main levée, c’est la nature même de la démarche scientifique qui est en cause. Le principe des sciences, c’est de faire des expériences pour prouver ou invalider des hypothèses. C’est un processus compétitif, agonal, dans lequel les suivants démontrent la fausseté des vues des précédents. Ce n’est pas une humiliation, c’est le processus normal. En aucun cas, les faits scientifiques ne peuvent être soumis au vote. Le consensus n’est pas scientifique. Imaginons la Royal Society de Londres votant pour la gravitation (ou encore mieux contre). Cela ne s’était vu que dans le monde soviétique dénonçant la science bourgeoise.

Les sciences non expérimentales en première ligne

En 2010, les climatologues avaient inauguré la pratique en ouvrant une pétition demandant à la puissance publique d’intervenir pour dénoncer les points de vue de leurs collègues climatosceptiques. Normalement, en sciences, quand on a un résultat on le publie et d’autres scientifiques font de nouvelles expériences pour démontrer qu’on a tort. Mais quand la science en question n’a pas ou peu la possibilité de faire des expérimentations, la porte de la croyance n’est jamais loin, que ce soit du côté pour ou du côté contre. C’était là une première que l’on demande à une administration de trancher une querelle scientifique. Pourquoi ne pas demain demander à un juge de dire si oui ou non les virus sont vivants, si la Terre est ronde ou si le point de fusion de l’eau est de 300°. La méconnaissance de l’épistémologie par des chercheurs devenus experts d’une tellement infime partie de la science rend leurs avis dans des domaines tiers tellement incertains qu’ils faut en passer par un processus de vote, et donc de campagne électorale, en faisant valoir des arguments et des séductions.

Pour une culture générale généralisée

Si vous voulez pleurer, cliquez sur la page de Wikipedia qui liste les contributeurs ayant un doctorat, le niveau d’un maître de conférences à l’université. Mais si vous avez encore un peu d’eau vous pouvez regarder celle qui liste ceux qui ont une HDR (Habilitation à diriger des Recherches), c’est-à-dire le niveau d’un professeur. Non, vous ne rêvez pas, c’est bien 14 personnes. Si nos chercheurs ne contribuent pas à la diffusion d’une culture générale scientifique, je crains qu’ils ne lisent pas non plus. Les chimistes ignorent la neurologie. Les neurologues ne s’intéressent pas aux mathématiques. Les biologistes ignorent tout de la géologie… On est bien loin du polymathe du XIXe siècle. Certes, les sciences sont plus volumineuses qu’alors. Mais au moins, connaissons celles du XIXe siècle. Si cette déculturation universitaire est triste, la conséquence fait des ingénieurs ignorants tout hors leur petit domaine dans les entreprises.

Mais n’est-ce pas là une crise de curiosité? Je trouve parfois certains professionnels peu curieux avec arrogance. Entre les généralistes qui ne savent quasiment rien, mais sur quasiment tout, et les experts qui savent quasiment tout, mais sur quasiment rien, je préfère, dans un monde où la science évolue vite en transperçant les domaines, la légèreté des premiers à la sécheresse des seconds.

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