IA-phobie : comment y répondre?

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R&D Mediation travaille et développe des projets d’intelligence artificielle pour l’industrie. Cet article, destiné à l’origine à nos collaborateurs, fait le point sur notre expérience d’une certaine forme d’aversion envers l’IA, touchant parfois des professionnels dont le métier est justement d’innover. Nous avons voulu le partager avec tous, dans la mesure où le retard français en IA pourrait peut-être se réduire si nous communiquions mieux sur ces techs, sur leur réalité et non pas sur les fantasmes d’influenceurs qui n’en ont jamais programmé ni vu.

Quelle est l’origine de l’IAphobie?

Comme toutes le phobies, le fait qu’elle ait une composante irrationnelle n’exclue pas qu’elle ait également des causes. La première est le goût occidental pour l’apocalypse, d’origine religieuse et culturelle.  Notamment aux USA, la production en matière de films montrant des IA malveillantes est impressionnante (HAL, Skynet, …). Ce phénomène, absent de l’Asie, explique largement la très grande acceptation chinoise de l’IA. Une récente étude BETC montre que les chinois pensent à 78% que l’IA fera progresser l’humanité contre 36% des français.

La seconde cause est la concurrence de deux activismes: d’une part un activisme transhumaniste qui met en valeur l’IA « omnipotente », relayé parfois en creux par des influenceurs tels Laurent Alexandre qui nous prédisent l’effondrement civilisationnel si nous ne restons pas dans la course, d’autre part un activisme écologiste intégriste, opposé au premier, qui voit dans les datacenters des agents du neolibéralisme participant au réchauffement climatique et émettant des ondes mystérieuses et toxiques, en oubliant qu’ils permettent aussi de gérer l’énergie verte intermittente que par ailleurs ils promeuvent.

La troisième cause est la peur de l’altérité. En mettant en avant un objectif dont la réalité même est spéculative – l’IA forte consciente d’elle-même – les transhumanistes activent un réflex de peur de l’autre, le même en fait que celui que produit un autre type de film américain où les extraterrestres -ou les indiens- attaquent (fort heureusement uniquement les USA) le jour de l’anniversaire de leur indépendance.

Pour résumer, l’origine de l’IAphobie, c’est la peur existentielle de la mort, qu’elle soit physique, sociale ou économique. Le fait que cette peur existentielle soit le fondement même des religions justifie que, même dans un discours commercial anodin, on ne prenne pas cela à la légère, quoique le rire demeure le meilleur ennemi de la peur.

Conséquences commerciales

L’IA, le deep learning, le machine learning sont des outils puissants – mais seulement des outils – dont nous aurions bien tort de nous priver. Nous vous présentons ci-après les principales résistances à l’IA que nous avons observées (parfois il a été assez long de les découvrir et la liste n’est pas exhaustive)

Vous allez me faire perdre mon travail

Cette inquiétude ne concerne pas tant les employés, qui finalement seront ravis que l’IA les décharges des tâches répétitives, que les intellectuels, y compris les professeurs d’université. Il s’agit d’une attitude très fréquente en situation de disruption: le luddisme. Le fait que ce phénomène soit à l’origine du mot « sabotage » en français (en raison des sabots jetés dans les nouveaux métiers à tisser par les luddites), doit clairement interpeller les professionnels de l’IA.

Réponse: L’IA est un outil. L’outil renforce le métier mais ne le fait pas disparaître. La CAO n’a pas fait disparaître les techniciens de bureau d’étude mécanique, le tableur excel n’a pas fait disparaître les comptables,… À la limite, l’outil fait disparaître du marché ceux qui ne l’utilisent pas.

Vous allez me dépouiller de mon savoir-faire

Le processus d’apprentissage d’une IA passe par l’observation des processus à analyser. Dans certains métiers, il y a des éléments qui ne sont pas décrits dans les procédures, des savoirs liés à l’expérience, qui contribuent à la performance des procédés. Ceux qui les détiennent les cachent. Ils les transmettent parcimonieusement. C’est particulièrement vrai pour les activités ayant connu leur apogée dans la première ou seconde révolution industrielle, où le pouvoir résultait en partie de la capacité de rétention d’information.

Réponse: La troisième révolution numérique a montré que le gain obtenu dans le partage de l’information est supérieur à celui obtenu par sa rétention. La façon de se protéger n’est pas de retenir le savoir mais de gagner des nouvelles compétences. Or, interagir avec un IA est probablement une compétence-métier clé pour le futur.

Nos process sont en amélioration continue, nous n’avons pas besoin d’en changer

Les professionnels en charge d’un process complexe sont souvent en dissonance cognitive: ayant fait des efforts importants pour acquérir et maintenir une technologie, en changer avec une disruption telle que l’IA ferait que ces efforts pourraient être considérés comme vains. Cette impression étant insupportable, tout argument (immaturité, coût, risque…) allant à l’encontre de la nouvelle technologie est considéré comme décisif. Souvent, c’est en observant la technologie mise en œuvre chez un concurrent que l’éveil, le plus souvent tardif, se produit.

Réponse: Lorsque le Maréchal Foch a vu les premiers avions, fragiles et peu performants, il a déclaré: « Les avions sont des jouets intéressants, mais n’ont aucun intérêt militaire ». Les technologies à leur début semblent toujours malhabiles et presque ridicules, mais un enfant qui marche à quatre pattes ne doit pas empêcher d’imaginer qu’il marchera sur deux dans quelques mois et courra plus vite que vous dans quelques années. La question que nous mettons en valeur dans nos analyses d’opportunités n’est pas ce que l’IA peut faire pour votre procédé aujourd’hui, mais quelle valeur elle pourra produire dans votre procédé à court, moyen et long terme.

C’est trop compliqué pour nous

En jargonnant, nous donnons l’impression d’avoir soudain acquis le don d’illisibilité. Or, l’IA n’est pas vraiment plus compliquée que d’autres système utilisés au quotidien. Ce qui est complexe – et non pas compliqué – c’est l’organisation de l’apprentissage et l’architecture, ainsi que la conduite des expérimentations.

Réponse: La diffusion de l’IA passe par des explications simples, qui fleurissent d’ailleurs sur youtube (ex: l’excellente chaîne de Lê). Un microprocesseur, c’est compliqué et pourtant dans nos mobiles, nos ordinateurs, nos montres nous en utilisons des dizaines chaque jour. Ce qui est compliqué, c’est d’avoir la bonne stratégie, et  nous pouvons vous y aider. Pour le reste, un projet IA n’a aucune difficulté supplémentaire par rapport à tous les autres projets que les entreprises gèrent. La bonne façon de gérer la complexité, comme nous l’avons présenté dans un article récent, c’est d’expérimenter. Or, l’IA permet de faire des choses impressionnantes avec finalement assez peu de moyens. C’est donc une chance, sauf à laisser des concurrents moins riches mais plus malins la saisir avant vous. Quand Free Mobile avait lancé son offre téléphonique, M.Bouygues avait déclaré que le château lui avait coûté suffisamment cher pour qu’il laisse s’installer des romanichels sur la pelouse. Ce à quoi les développeurs de Free répondirent, sans que personne ne le voit puisque c’était dans le code source de la page d’accueil, par un message disant qu’ils n’étaient pas encore sur la pelouse mais qu’ils apercevaient déjà le château.

Notre contribution à l’économie française

R&D Médiation s’implique dans le développement de notre économie. Comme nous travaillons aussi à l’international, nous ne pouvons que constater à quel point notre pays démarre lentement dans ce domaine. Nous avons mis en place un effort dédié à la stratégie IA:

  • Support à la stratégie au travers d’analyses d’opportunités
  • Assistance à maîtrise d’ouvrage pour la conduite de projet
  • Maîtrise d’ouvrage avec la réalisation de démonstrateurs IA
  • Support à la transformation manageriale grâce à un coach certifié

L’IA, c’est un sujet trop important pour être laissé aux informaticiens !

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